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« Le paradis n’est pas un lieu, mais un état d’âme ». Georges Barbarin

« Il vaut mieux garder la nostalgie d’un paradis en le quittant,
que de le transformer en enfer en y restant. » Jacques Ferron

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Avant de pouvoir profiter du calme et de la protection d’un lagon, encore faut-il y entrer ! Et c’est tout de suite plus délicat quand il s’agit d’un :

Atterrissage de nuit

Après tout ce temps passé en mer, notre arrivée se fera hélas de nuit. Pas de découverte de l’île à l’horizon, donc, pas de vision de mirage de palmiers qui moutonnent au ras des vagues. De toute façon, les îles coralliennes étant très basses sur l’horizon, je ne les aurais aperçu qu’en étant quasiment le nez dessus, soit à 15-20 miles nautiques d’elles, voire moins (d’après ce qui est écrit dans les livres).

Quand je prends mon quart cette nuit-là, nous ne sommes plus qu’à 16 miles (soit un peu moins de 30 km) de l’île. J’aperçois au loin un phare qui commence à signaler ce morceau de sable fin au milieu de l’océan. D’ailleurs, ce n’est pas qu’un seul morceau mais en réalité plusieurs îles coralliennes autour d’un grand lagon. Un atoll quoi !

Cependant, en tant que bateau de passage, nous n’avons le droit de jeter l’ancre qu’à un seul endroit : Direction Island, au nord-est. Et grâce aux points de référence rentrés dans le GPS (maintenant, avec certains logiciels de navigation, on peut même coupler les photos de Google Earth avec les cartes !), il n’y a plus qu’à suivre religieusement les indications du GPS pour jeter l’ancre là où le capitaine l’a défini.

Alors que nous continuons à avancer à la voile, je distingue alors, de manière ténue puis de plus en plus nette, une véritable piste aux étoiles rouge et verte : c’est le chenal balisé pour les gros navires de ravitaillement qui doivent entrer dans l’atoll. Cela fait tout bizarre à Anik et JB de voir tant de lumières après toutes ces années passées en Asie où c’est loin d’être aussi bien balisé… Retour vers la civilisation occidentale ! C’est donc un plaisir pour les yeux de voir danser toutes ces petites lumières sur l’eau. C’est Noël avant l’heure… C’est même un peu trop d’ailleurs, on s’y perd un peu de loin.

Nous continuons à suivre notre route grâce au GPS et, à quelques miles de l’île, nous affalons les voiles pour avaler ces derniers milles « d’atterrissage » au moteur (on n’est pas en avion, mais comment voulez-vous dire autrement ?). Il n’y a plus qu’à suivre le petit boîtier magicien pour savoir s’il faut aller un peu plus au sud, au nord, à l’ouest…

Nous donnons quelques indications supplémentaires au pilote automatique, en corrigeant la trajectoire à coup de -10°, -5° suivant les indications du GPS. Mais ça, c’est jusqu’à ce qu’un courant le fasse devenir « chèvre », qu’il « perde ses petits » (comme une chèvre pourrait les perdre… mêêêêê) et qu’il se mette en « standby » ! C’est alors le branle-bas de combat : je suis assignée à la barre pendant que JB est à la table à carte, à l’intérieur, devant son PC. Anik est à côté de lui et fait l’amplificateur, dans un sens comme dans un autre.

Parce que oui, quelqu’un devant la table à carte et les instruments de navigation, dans la coque, ce n’est pas ce qu’il y a de plus audible à l’extérieur. Si en plus toi qui es à la barre, tu dois faire répéter parce que tu n’as pas compris, d’une part ça peut être dangereux dans le délai pour manœuvrer, d’autre part l’énervement peut vite monter. C’est tellement plus simple quand quelqu’un est juste en bas des marches qui entrent dans le bateau pour faire le relais ! Ou mieux : avoir des écrans pour voir les indications directement à l’extérieur (mais c’est plus cher et ça demande plus de fils et connexions !).

L’atterrissage se passe au final très bien, nous jetons l’ancre et nous allons nous coucher pour quelques heures. Mais le paradis n’est pas tout-à-fait celui espéré car comment pouvais-je imaginer qu’…

Il pleut au paradis ?

Lorsque je me réveille vers 9h, je me rappelle soudain que nous sommes dans un de ces petits paradis comme l’imaginent tous les Occidentaux depuis que la télévision et le cinéma leur a mis cela en tête : des cocotiers, un lagon bleu turquoise, du sable blond et fin.

Je me précipite dehors pour aller voir : oui, c’est bien ça, le « paradis » est bien à portée de main. Mais aujourd’hui c’est le paradis avec option « pluie ».

Le temps est menaçant et les nuages gris anthracite qui s’amoncèlent différent tout de même assez de l’image que je me faisais du paradis… Le contraste est d’ailleurs assez spectaculaire avec le bleu turquoise soutenu du lagon.

Et ce qui devait arriver, arriva : il se met à pleuvoir des cordes ! Une aubaine pour nous qui n’avons pas de dessalinisateur. On sort alors la bâche de récupération d’eau de pluie conçue par JB (tout est expliqué sur une page de leur site) et l’étendons au-dessus du pont, entre les haubans, pour récupérer cette eau tombée du ciel (c’est le cas de le dire!).

Nous en profitons aussi pour tous nous laver sous le torrent d’eau douce qui nous tombe sur la tête, comme dans cette publicité pour le gel douche « Tahiti » que je regardais étant ado. Sauf que là c’est dix fois mieux car je suis réellement sous les tropiques, et en plus sur un voilier !

Mais alors que nous sommes savonnés des cheveux aux doigts de pieds, nous adressons tout de même chacun une prière muette au nuage pour qu’il continue encore un peu de s’essorer le temps de nous rincer. On aurait l’air malin si ça s’arrêtait tout de suite…

Cette pluie bienfaitrice, aussi bien qu’inattendue, nous a ravis en arrivant. Par contre, ses cousines arrivant à intervalles réguliers les jours suivant, bien que toujours de courte durée, nettement moins. Comment se fait-il qu’il pleuve au paradis?

D’ailleurs, quand nous levons l’ancre dans la matinée pour aller mouiller dans la zone prévue sur la carte, il se met à pleuvoir des cordes. Comme par hasard, pile au moment où l’on a besoin de bien voir le fond pour éviter de racler la coque sur des hauts-fonds de corail… Ben voyons ! Loi de Murphy (appelée aussi « loi de l’emmerdement maximum » – je suis sûre que vous voyez de quoi je parle), je n’avais pas envie de me rappeler ton existence aujourd’hui !

Ici, c’est à la couleur du lagon que l’on se repère : plus c’est bleu foncé, plus c’est profond. Si c’est marron, c’est une formation corallienne. A quelle profondeur? Difficile de le savoir avant d’être tout près ! Trop près ? Attention à ne pas faire de trous dans la coque !

En temps normal, c’est-à-dire avec un fond régulier (sable, vase, cailloux…) le sondeur donne une indication de la profondeur sous la coque, car il est situé à la verticale sous le bateau. Mais dans un lagon, si vous vous dirigez vers une formation corallienne (désignée par le doux nom de « patate de corail »), le fond peut diminuer de plusieurs dizaines de centimètres en moins d’un mètre !

Et là, pas besoin de votre sondeur pour savoir que vous avez un problème : vous êtes avertis par le bruit déchirant que vous entendez quand le corail caresse d’une manière un peu trop rugueuse votre coque. Dans ces cas-là, mieux vaut qu’elle soit en métal, comme sur Banik ! Mais on va éviter tout de même, car c’est à préserver si on ne veut pas rebaptiser Banik en « Titanik ».

Je suis donc postée en vigie à l’avant, pour guider JB qui est à la barre. Anik est à l’intérieur, les yeux rivés sur le sondeur (par précaution). Mais j’ai beau écarquiller les yeux, avec les hallebardes qu’il tombe, pas facile de voir quelque chose !

Heureusement, nous arrivons finalement à trouver un endroit où jeter l’ancre sans que le corail n’aie éraflé la coque. Je suis trempée jusqu’aux os mais comme il ne fait pas froid, ce n’est pas grave. La prochaine fois, je mettrai mon masque de plongée qui est adapté à ma vue : j’y verrai sans aucun doute mieux que cette fois-ci !

               Le paradis est à portée de main ! Mais on ne peut pas encore en profiter car :

St Pierre, le portier du paradis, s’appelle ici « Coast Guards »

Une fois arrivés et dûment ancrés, nous hissons le pavillon jaune (pavillon de quarantaine, indiquant que nous attendons les autorités pour faire les formalités d’entrée dans le pays) et nous appelons les Coast Guards par la radio VHF.

Pas de réponse.

Nous réessayons dans la journée, sans succès.

Tant qu’ils ne sont pas venus à bord, nous n’avons pas le droit de descendre à terre…

Paradis à portée de main mais inaccessible… Supplice de Tantale !

Dieu merci, ne pas débarquer n’interdit pas de nager autour du bateau ou dans ses environs. Ils ne peuvent pas dire que l’on a posé le pied par terre ! Mettre les palmes dans l’eau ce n’est pas encore interdit, il faut juste rester proche du bateau en cas d’arrivée inopinée de leur part.

Nous réessayons le lendemain matin avec plus de succès. Comme ils arrivent de West Island (île où habitent les Australiens blancs, de l’autre côté de l’atoll, en contraste avec Home Island, tout près de notre île, où vivent les Australiens d’origine malaise), nous nous disons que cela va leur prendre un moment.

Nous en profitons pour ranger le bateau, enfiler des vêtements propres. En effet, les autorités ne détestent rien de plus que les vagabonds des mers, sans un sou en poche, qui pourraient leur créer des ennuis et ne pas payer le droit d’entrée. Aussi faut-il bien s’habiller, sans être trop chic non plus bien-sûr, pour montrer que l’on est des gens bien sous tous rapports. Il faut aussi que le bateau soit propre, ce qui donne une meilleure impression. La tyrannie des apparences existe même sur un bateau !

 Nous sortons aussi les fruits frais « survivants » de notre traversée depuis Bali.

Comme un test.

Anik et JB sont tendus car la réputation de la douane australienne est assez terrible : quand vous entrez en Australie (sur le continent australien principal et les îles qui l’entourent), ils vous confisquent tout ce qui est mangeable à bord : le frais, mais aussi les pâtes, le riz ou les boîtes de conserve (y compris celles marquées « made in Australia » achetées dans un autre pays!), les objets en bois exotique… Tout ça pour éviter l’importation fortuite de parasites ou de bestioles non désirées dans leur pays. Ils inspectent même jusqu’aux semelles de vos chaussures et les roues de votre vélo pliable, qu’ils confisquent si elles présentent des traces de terre… Certains navigateurs sont même allés jusqu’à les nettoyer à la brosse à dents avant d’arriver !

Et pour toutes les paperasses ainsi que vos affaires qui finissent au fond d’un sac poubelle si jamais ils trouvent quoi que ce soit, ils vous prennent la modique somme de 340$ australiens ! Ce sont les « éboueurs » les plus chers que je connaisse…

C’est pour cette raison que tous ceux qui arrivent en Australie s’arrangent pour qu’il n’y ait quasiment plus rien à manger dans leur bateau en arrivant. Or, dans notre cas, ayant une traversée océanique à faire, nous avons plein de conserves dans les fonds… Et hors de question de les donner aux garde-côtes pour les racheter ensuite au prix australien, exorbitant. Surtout ici sur ces îlots perdus !

Mais Anik et JB veulent tenter tout de même l’escale car ils ont lu qu’ici, ils étaient plus cool que sur le continent et ne confisquaient rien. Et de toute façon, s’ils veulent nous confisquer quoi que ce soit, on refuse et on lève l’ancre dans l’heure. Mais cette option-là ne me fait pas rire. J’ai envie d’une pause dans la traversée et de profiter de l’eau bleue et des cocotiers !

Aussi, pour éviter tout faux pas pendant le passage des douaniers, la consigne est sans appel de la part de JB : « Il n’y a que moi qui parle avec les autorités. Vous, vous ne comprenez pas l’anglais. C’est clair? ». Ce serait tout de même idiot de notre part de leur mettre la puce à l’oreille en faisant des déclarations contradictoires… D’autant qu’il y a une jolie fenêtre en bois sculpté provenant de Bali, contre une des parois du carré, planquée sous une serviette, qu’on ne voudrait pas qu’ils voient…

Le contrôle se passe finalement très bien : les douaniers sont très sympas, ne confisquent rien. Ils ouvrent cependant quelques portes au hasard en posant poliment la question :

« On peut jeter un coup d’œil ? »

Mais ce n’est que par pure forme, car qui serait assez imbécile pour leur répondre « Non ! » et  leur mettre la puce à l’oreille ?

Dans leur exploration rapide, ils tombent sur les médicaments d’Anik. Mais ça se passe rapidement quand elle leur explique que c’est des médicaments anti-rejet pour le rein qu’elle a reçu, de la part de son mari JB (cette incroyable histoire est expliquée sur leur site). Quelques questions, quelques murmures admiratifs et l’affaire est close.

Quand ils repartent, nous poussons des soupirs de soulagement. Le plus dur est passé, il n’y a plus qu’à profiter !

Avant que je parte, mon frère Xavier s’est « fait du mal » en regardant les photos sur « Google Earth ». C’est pas bien de se faire du mal comme ça… Petit frère, t’aurais pas dû te martyriser comme ça… Maintenant, là où je suis, je peux juste te confirmer une chose : c’est aussi beau que sur les photos ! T’avais raison d’écarquiller les yeux devant ton écran d’ordinateur…

D’autant que nous apercevons un certain nombre d’installations desquelles nous allons profiter : abri de tôle avec des bancs et des tables, réservoir d’eau de pluie, hamacs, jetée où accoster, plongeoir…

Une fois sur place, nous verrons qu’il y a même le wifi (!). Payant bien entendu…

Bien organisés ces « Aussies » (surnom des Australiens) !

Attention, paradis à portée de main…

Maintenant, la question qui se pose est :

Et si on jouait aux Robinsons d’un jour ?

Etant sur une île déserte au milieu de nulle part, des instincts sauvages (et des émissions de TV) remontent à notre conscience. J’entreprends alors de réaliser quelques rêves d’enfant (le chapeau de pirate en moins).

Et le premier c’est tout simplement une…

Chasse à poule !

Alors que nous prenons peu à peu nos marques sur l’île, nous voyons courir un peu partout des poules, coqs et petits poulets… Ils ne semblent pas farouches, habitués à la présence de l’Homme car ils viennent jusque sur les tables picorer des miettes de pique-nique !

Naît alors dans nos esprits de carnivores (surtout dans ceux des hommes du groupe et dans le mien) l’idée pas tout à fait farfelue qu’un piège bien préparé pourrait permettre de tester le goût du poulet semi sauvage de l’Océan Indien, engraissé à grands coups de noix de coco, bernard-l’hermite et miettes de pique-niques divers.

Moi, qui ai regardé l’émission française Koh-Lanta plusieurs années de suite à ses commencements, j’ai hâte de tenter l’expérience.

Le jour suivant, on – c’est à dire JB, Elian (capitaine d’un bateau ami avec qui on navigue) et moi – part en chasse pour trouver du bois pour faire le cadre et de la ficelle (parmi toute celle qui traîne ici et là) pour attacher un filet sur le cadre ainsi formé.

Ce sera finalement du bambou car sur les îles désertes couvertes de cocotiers, il n’y a pas vraiment d’arbre en fait… On en découpe également un morceau pour servir de piquet pour maintenir notre piège ouvert.

Suite de la chasse à poules la semaine prochaine… car mon blog a décidé de bugger et m’empêcher de publier la suite^^

Suspense !!!

Arriverais-je à attraper des petits poulets ? Et si oui, passeront-ils à la casserole ?

Vous le saurez la semaine prochaine !

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