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« La vie est une succession de leçons
qui doivent être vécues pour être comprises. » Helen Keller

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Après cette irréelle escale dans un endroit où je ne remettrai probablement jamais les pieds, nous voici repartis pour la traversée en direction de Rodrigues. Un peu plus de 2000 miles nautiques nous séparent de notre prochaine escale, soit environ 15 jours de mer. Autant je suis impatiente de reprendre la mer, autant ce qui va m’arriver dès la sortie du lagon n’est pas très drôle parce que j’expérimente :

Un mal de mer bien accroché

Le mal de mer, c’est le résultat d’une différence entre :

  • ce que les yeux perçoivent (à l’intérieur du bateau, pour nos yeux, tout semble normal, rien ne bouge)
  • ce que l’oreille interne, qui est notre centre de l’équilibre, perçoit de son côté (les mouvements de droite et de gauche, les accélérations du bateau).

En résulte un « joyeux » bazar qui vient titiller pas mal de nerfs, dont le « nerf vague » qui passe, je vous le donne dans le mille, près de l’estomac. D’où cette fameuse envie de vomir. Si en plus vous avez faim, ou froid, ou que vous êtes fatigué, ou que vous avez la frousse (les 4F à éviter), ou les quatre (!), vous augmentez vos chances d’être atteint par ce mal.   

Sur la première partie de la traversée entre Bali et les Cocos Keeling, j’avais été très agréablement surprise de ne pas ressentir de mal de mer comme j’avais pu en ressentir lors de mes précédentes navigations, les premiers jours.

C’était juste un inconfort mais sans plus.

Au départ des Cocos Keeling, c’est donc sans appréhension que je reprends la mer. Et là, dès la sortie du lagon, sournois, il me tombe dessus à bras raccourcis !

Me voilà blanche comme un linge, les narines pincées, dans le cockpit, un seau entre les jambes en priant pour que la nausée que je sens monter s’évanouisse (ajouter à mes prières un cachet de « mercalm » pour faire bonne mesure, sans doute au moins aussi efficace que les prières susmentionnées).

Après un long moment à rester au vent et à fermer les yeux ou regarder l’horizon, cela commence à aller mieux.

Anik et JB sont bien embêtés pour moi et viennent régulièrement vérifier l’état de leur grande malade. C’est vrai que la mer est plus agitée que quand nous sommes arrivés mais tout de même, je pensais mon petit cerveau plus costaud ou plus habitué !

Leçon d’humilité immédiate…

Alors que ça va un peu mieux, JB me propose une tartine de pain avec un peu de beurre et du jambon.

Ça me fait envie, j’accepte.

Je mâche longuement (c’est mieux pour la digestion et éviter que ça repasse dans l’autre sens).

Ça passe.

Ça reste (dans mon estomac) !

Il m’en propose alors une autre, qui passe bien aussi. Puis je mange une tranche de pain avec du Philadelphia. Bon, je m’arrête là car le but n’est pas de tenter le diable… et je reste dehors pour continuer à juguler ce mal-être sournois (rester à l’intérieur du bateau le ferait augmenter, à cause du confinement).

Normalement, un mal de mer dure environ 3 jours, le temps pour le corps (et le cerveau) de s’habituer à ce nouvel état de mouvements. On appelle ça « s’amariner ».

Mais le problème dans mon cas c’est qu’au bout de 7 jours ce n’était toujours pas fini !

Bien que je ne sois pas malade toute la journée comme je l’ai été le premier jour, c’était un inconfort permanent et un dégoût à chaque fois qu’il fallait venir manger, quel que soit ce qu’Anik pouvait avoir préparé (je n’étais d’ailleurs pas vraiment capable de faire à manger).

D’ailleurs, par deux fois, j’ai nourri les poissons immédiatement après avoir mangé (sans forcément avoir fini le repas !)… mais, chose curieuse, je pouvais remanger sitôt après avoir vomi ! Anik et JB étaient assez perplexes sur ce mal de mer qui durait, et moi aussi.

Au bout du 8ème jour, la colère m’a pris et j’ai décidé de ne rien manger pendant 24h pour voir si cela allait changer quelque chose. Car une semaine d’inconfort comme cela vous fait trouver le temps long ! Pas de lecture, rien que vous puissiez vraiment faire, dégoût de la nourriture…

Et cela a marché !

Après ce jeûne salvateur de 24h, je n’ai plus été malade, même si un léger inconfort persistait parfois. Tout de suite, le temps paraît moins long !

Ce qui m’a vraiment embêtée notamment, pendant ces 7 jours où je n’ai pas été bien, c’est de ne pas être en état de prendre mon tour de cuisine, et que ce soit Anik qui doive tout faire. Parce qu’en mer, ce qu’il faut savoir c’est question cuisine, c’est…

Cuisine que pourra : cuisine, acrobatie et endurance

Quand on n’a jamais cuisiné sur un bateau, ou en tout cas jamais cuisiné sur un bateau qui reste plusieurs jours en mer, on a toujours de grandes ambitions :

« Et si on achetait ça ? J’aimerais bien le faire en navigation »

Etc…

Mais lorsque l’on se retrouve réellement en mer, c’est une autre histoire…

Tout d’abord, il y a les mouvements du bateau…

Je n’ai pas eu de chance pour ma première grande traversée, mais l’Océan Indien est un océan inconfortable avec des vagues qui viennent dans tous les sens frapper la coque. Donc avant même de commencer à faire quoi que ce soit en cuisine, il faut déjà tenir debout dans le bateau !

Vous imaginez donc que faire la cuisine dans ces moments-là relève de l’acrobatie.

Pour résumer, vous devez d’abord tenir sur vos jambes, ou en tout cas bien vous caler pour commencer à faire ce que vous souhaitez manger. Ce qui veut dire que si vous voulez éplucher des légumes (ou juste préparer quelques choses qui nécessite plusieurs ingrédients), il faut vous caler dans un coin, ainsi que vos ingrédients, sous peine de les voir valser à l’occasion d’une vague un peu plus forte que les autres.

Solution optimum : tout poser dans l’évier, car si ça se renverse, c’est tout de suite beaucoup plus simple à nettoyer et il n’y a pas besoin de soulever les planchers pour essayer de récupérer ce qui a pu s’infiltrer dans les fonds (et sentirait mauvais au bout de quelques jours)…

Vous commencez à entrevoir toute la complexité de l’exercice…

Ensuite, il faut faire cuire…

Vous devez savoir qu’une gazinière de bateau est montée sur cardans. C’est un système fort ingénieux où le bloc « four + feux » est monté sur un axe qui lui permet de bouger en même temps que le bateau de manière horizontale (de bâbord vers tribord), donc d’absorber une partie des mouvements du bateau. Ça permet d’éviter que l’eau ne se renverse quand le bateau bouge.

Il y a aussi des « crochets » qui permettent de maintenir le plat au-dessus du feu allumé et éviter qu’il se balade un peu partout sur la gazinière, ou décide d’aller dire bonjour à  vos pieds.

Mais cela ne fait pas tout !

Si jamais la mer est trop déchaînée, non seulement l’eau peut sortir de la casserole, mais la casserole peut vous sauter à la figure ! Dans ce cas-là, pas le choix, il faut manger froid… (Vous n’êtes pas non plus forcés de manger le corned-beef directement dans la boîte de conserve non plus !)

 

Mettons que la mer vous permette de faire cuire quelque chose…

Il faut aussi penser à ce que l’on veut cuisiner en fonction de la chaleur que cela va produire dans le bateau.

Car si vous êtes sous les tropiques, un plat qui cuit longtemps ou un plat au four n’est pas forcément la meilleure des options, même si vous en avez très envie… Car un bateau a un faible volume et quand vous faites à manger, il fait vite chaud à l’intérieur, malgré les aérations et les hublots que l’on peut ouvrir. Il fait donc rapidement intenable pour peu que l’on fasse cuire un certain nombre de choses… et s’il fait trop chaud, cela fait rapidement se sentir mal non seulement la cuisinière (qui doit régulièrement faire un petit tour dehors pour abaisser son thermostat interne), mais aussi le reste de l’équipage. Le mal de mer n’est alors pas forcément loin…

Et je ne parle pas des quelques jours que nous avons dû passer tous hublots fermés car les vagues venaient sans cesse cogner sur la coque, changeant tout hublot ouvert une fontaine à eau de mer à aspersion régulière…

Enfin, il faut faire avec les impératifs du bord comme les légumes ou les fruits en train de s’abîmer. On cuisinera forcément aujourd’hui les fruits et légumes qui sont en train de s’abîmer.

Faites marcher votre imagination…

Pour terminer, une des conditions, et pas des moindres, est que cela dépend aussi de l’état de forme de la cuisinière.

Ayant été malade une partie de la traversée, j’ai tout de même voulu remplacer Anik à la cuisine car cela faisait plusieurs jours d’affilée qu’elle faisait à manger.

Un soir, j’ai donc décidé de faire de la purée instantanée (pas folle, j’ai pris un truc facile à faire !). Eh bien je peux vous dire que pour faire chauffer de l’eau, mesurer la quantité de poudre et faire la purée ça a été tout un parcours du combattant ! J’ai dû sortir m’aérer au moins deux fois (il faut dire que je n’étais tout de même pas au mieux de ma forme) et j’ai serré les dents jusqu’à la fin de la vaisselle…

Donc en bateau, le maître mot en cuisine en traversée c’est :

« Faites simple ! »

Surtout quand la définition d’un voilier dans l’Océan Indien devient :

Voilier = essoreuse servant de ballon de foot à un gamin capricieux

L’Océan Indien a très mauvaise réputation auprès des marins, à tel point que bon nombre de gens arrêtent leur tour du monde en Asie et tentent d’y revendre leur bateau.

Comme on ne peut plus passer par la Mer Rouge étant donné la piraterie qui y sévit, il y a encore moins de candidats quand on sait qu’il faut passer le Cap de Bonne Espérance pour ensuite endurer plus d’un mois de traversée pour rejoindre le Brésil…

Aussi, tout de même pas très rassurés, Anik et JB ont lu toutes sortes de blogs avant de traverser.

Et beaucoup racontent des horreurs sur l’Océan Indien : coups de vent violents, mer démontée, vagues qui arrivent de partout… Bref, un océan de rêve et de tout repos !

Autant la première partie de la traversée nous a fait douter un peu de cette réputation, autant cette deuxième partie nettement moins…

Il faut dire que nous avons quand même eu de la chance car nous n’avons pas eu de tempête ou de gros coup de vent, juste quelques petits grains (nuages avec un peu de vent et de pluie) sur la fin, histoire de nous embêter.

Par contre, côté mer croisée, nous avons été servis !

Ils m’ont parlé de la longue houle du Pacifique, de la houle plus courte mais relativement tranquille de l’Atlantique…

Ici, rien de tout cela !

Les vagues arrivent de partout car dans cet océan plusieurs courants se rencontrent, frappant la coque parfois avec une brutalité impressionnante, donnant des impressions de coups de boutoir. Le fait qu’elle soit en acier est tout de même plus rassurant que si elle était en polyester !

Des vagues viennent régulièrement mouiller le pont, à tel point que nous avons dû rester plusieurs jours tous hublots fermés car une (des ?) vague(s) venai(en)t systématiquement sur le pont, rentrant par le moindre espace ouvert.

On a beau avoir envie d’aération, quand on a nettoyé l’eau de mer 2 fois en moins d’une demi-journée, on ferme tous les hublots ! Et du coup on crève de chaud…

A un moment donné, une vague a même fait décoller la bouilloire (heureusement quasiment vide) de là où elle était calée pour venir atterrir sur JB, allongé sur la couchette de quart de l’autre côté du carré !

Réveil en fanfare par une bouilloire volante…

Sans parler de ces journées où tous les hublots étaient fermés, ou de bouilloire à qui il pousse des ailes, c’est une situation inconfortable et usante car le corps doit sans cesse s’adapter à ces mouvements dans tous les sens, que ce soit debout, assis ou couché.

Et c’est très fatigant.

Lors d’une des deux nuits d’insomnie causée par l’assaut des vagues m’est venue l’expression : « On dirait que le bateau est une essoreuse servant de ballon de foot à un gamin capricieux ! ». Cela vous laisse deviner le confort de la nuit passée…

D’ailleurs :

Nuit de merde

Heureusement, il n’y en a eu que deux durant cette traversée (et non consécutives, chanceux que nous sommes), mais elles laissent au matin une sacrée empreinte sur les visages et sur les corps…

Imaginez les belles mines de déterrés que nous pouvons avoir au sortir d’une nuit où aucun de nous n’a pu fermer l’œil (associé aux 3h de veille de nos quarts respectifs)… Vous avez alors un bateau fantôme pour la journée entière !

Bienvenue à « Zombieland » !

Comment vous expliquer les bons ingrédients à réunir pour une pure nuit de merde ? Laissez-moi réfléchir…

Tout d’abord, c’est une nuit où vous ne dormez pas ou presque.

Pourquoi ?

À cause de la mer, tout simplement.

Les vagues viennent frapper votre coque un peu dans tous les sens (c’est la réputation, non abusée, de l’Océan Indien), ce qui fait que le bateau n’est pas dans un long mouvement berçant mais plutôt dans des embardées irrégulières. Ce qui empêche votre corps de se reposer et de se détendre, tant il essaie de compenser les mouvements et de rester dans un semblant d’équilibre, même calé dans des coussins comme un pacha oriental (prévoir une bonne réserve de coussins).

Ensuite, c’est un vent à la con qui vous oblige à faire tout plein de réglages et fait battre les voiles.

Il faut donc faire un certain nombre de manœuvres qui n’aident en rien à la bonne humeur du capitaine, ni au repos.

En effet, non seulement le cordage de la voile d’avant qui bat fait claquer la poulie sur le pont juste au-dessus de ma tête (ce qui la transforme rapidement en calebasse) mais les différentes manœuvres font du bruit. Bref, impossible de se jeter dans les bras de Morphée… on en viendrait presque à regretter un bon coup de marteau bien placé qui nous rendrait inconscient quelques heures…

A cela, les jours de chance, vous rajoutez une petite pluie (ou une grosse, d’ailleurs, histoire de bien rigoler) qui complique tout et vous oblige à fermer la descente du bateau, rendant l’air dans celui-ci bientôt irrespirable.

Voici donc la recette (non exclusive, vous pouvez y ajouter les ingrédients de vos souhaits) pour une bonne nuit sans sommeil. Pour les plus joueurs, pratiquez cela plusieurs jours de suite pour tester votre résistance…

Et ces moments où l’air est délicieusement irrespirable (!) me mènent à la question suivante : (suite la semaine prochaine)

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