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« S’inquiéter n’effacera pas les problèmes de demain,
cela ne fera qu’enlever la paix d’aujourd’hui. »

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Repos du cerveau

La question que l’on m’a souvent posée avant que je parte (outre le fait de savoir si je n’avais pas peur d’effectuer une telle traversée) c’est de savoir si je ne risquais pas de m’ennuyer pendant ces longues heures (jours !) passées en mer…

Ce à quoi je répondais invariablement :

« Je ne pense pas : je suis d’une nature plutôt contemplative à mes heures et il y aura des livres ».

Car c’est vrai qu’en traversée, il y a laaaaargement le temps de réfléchir sur : sa vie, son futur, des choix passés, les rêves que l‘on veut accomplir, ce qu’on pense changer dans sa vie, qu’est-ce qu’on va manger ce soir (rayer les mentions inutiles).

Mais ce que j’ai personnellement particulièrement aimé, c’est la sensation de n’avoir ni futur, ni passé à me préoccuper, juste l’instant présent. Seul ce que je vis au quotidien a de l’importance, tout le reste n’est que songe lointain. Qu’est-ce que c’est reposant !

Le cerveau en mode « pause »…

Alors bien-sûr j’ai réfléchi tout de même un peu, puisque j’avais le temps et que je pouvais laisser mes pensées vagabonder… Mais qu’est-ce que c’est agréable de ne pas chercher à les retenir et les laisser couler en moi comme une rivière dans un vallon… J’ai passé des heures à regarder la mer sans penser à rien de particulier, ou allongée sur ma couchette à laisser vagabonder mon esprit.

Et vu qu’il n’y avait souvent aucun impératif particulier (hormis régler les voiles quand le vent change), aucune culpabilité de passer mes journées à « glander »…

Et c’est ça je pense qui nous manque le plus souvent dans notre vie terrienne : du temps pour simplement rêvasser, s’arrêter sur sa vie pour voir si elle nous correspond toujours, ou juste simplement apprécier le moment présent à sa juste valeur.

Nous avons toujours quelque chose à faire, que ce soit des loisirs ou du travail… ça s’enchaîne à un rythme assez effrayant d’ailleurs.

Mais, quand on y réfléchit un peu, ces loisirs en sont-ils vraiment ?

Je veux dire : si on s’oblige à les faire, et à courir pour arriver à les faire, est-ce que ce sont vraiment des loisirs ou encore d’autres contraintes que nous nous imposons ?

Une bonne question pourrait être aussi : est-ce que c’est nous qui les choisissons ou la société qui nous prend dans ses diktats ?

Parce qu’aujourd’hui, si on écoute les médias, il y a des dizaines de choses qu’il faudrait AB-SO-LU-MENT faire pour être tendance, en forme, épanouis… sauf que cela ne convient pas à tout le monde. Je dirais même que cela ne convient à personne, en dépit de ce que l’on veut nous faire croire.

Et si on suivait toutes les recommandations, les journées de 24h seraient bien trop courtes.

Alors il est bon de prendre du temps pour ralentir, voire s’arrêter, et se poser la question de savoir où sont nos véritables besoins. Et la question est ardue car nous sommes tellement abreuvés d’incitations diverses que l’on a tendance à prendre nos désirs pour des besoins.

En finalité, une seule question est importante : sommes-nous vraiment les capitaines de notre vie ou plutôt les passagers d’un bateau fou ?

Et justement, une des choses les plus importantes que j’ai appris c’est que :

Tout est relatif

Relativité des sensations… donc des émotions.

C’est sûr que j’étais un brin (mais seulement un chouïa !) moqueuse quand JB allait se doucher le soir et poussait des cris de saisissement à chaque fois qu’il s’aspergeait d’eau. Alors que moi je ne la ressentais pas aussi froide. Elle me paraissait même chaude après le savonnage !

Comme quoi d’une part nos ressentis ne sont pas universels, mais d’autre part ils peuvent aussi même changer pour nous d’un moment à l’autre.

Ça a commencé à me rendre plus consciente et tolérante des émotions des autres, et donc des miennes.

Je me disais avant que si je n’y arrivais pas, c’est que je ne faisais pas assez d’efforts. Il fallait donc que je me « dresse », autant mentalement que physiquement, pour arriver à mes objectifs. Et je pensais que c’était valable pour les autres aussi. Que si les gens n’y arrivaient pas c’était par manque de volonté.

Mais cette attitude m’éloignait des autres car je m’enfermais dans une sorte de forteresse et mon attitude devenait très rigide, pour essayer de correspondre aux standards que je m’étais fixés. Standards qui étaient d’ailleurs très hauts et pesaient de tout leur poids sur mes épaules. Si bien que je craquais au bout de quelques semaines, incapable de supporter ce mode de fonctionnement qui m’était étranger. Et je m’accablais intérieurement en me disant que je n’avais pas assez de volonté.

En fait, j’essayais seulement d’appliquer quelque chose qui ne me convenait pas, sans écouter quels étaient mes besoins et ma manière de fonctionner. Cela n’aurait donc jamais pu marcher !

Ce temps que j’ai pris pour réfléchir sur le bateau m’a donc permis aussi d’analyser qui je suis, quelles sont mes émotions, comment je fonctionne. Je n’ai pas eu toutes les réponses d’un seul coup, bien-sûr, mais cela a enclenché un processus que j’ai poursuivi par la suite.

J’étais prête à dévorer le monde, mais avec mes propres critères, pas ceux que je croyais devoir suivre selon un moule qui m’étais étranger.

Et pour ça, il y a une chose qui est primordiale :

Si tu veux que les choses changent…

J’ai aussi tiré une leçon de mon mal de mer. (Comme quoi, on peut tirer des leçons de tout !)

Pendant une semaine, j’ai respecté tout ce qui habituellement le fait passer.

Mais ça n’a pas marché.

J’aurais pu continuer de la sorte et continuer à me plaindre de mon état.

Non.

A un moment donné, la colère m’a pris et j’ai décidé que j’allais arrêter de manger pendant 24h pour voir ce que ça ferait. Parce que c’était l’intuition qui m’était venue.

Anik et JB étaient très dubitatifs sur les résultats. Ils ne voyaient pas comment ça allait pouvoir fonctionner.

Tout au long de la journée où je n’ai pas mangé (mais beaucoup bu), ils m’ont demandé plusieurs fois si j’étais sûre de vouloir continuer, me proposant quand même de grignoter un petit quelque chose.

Mais j’ai tenu bon. Pour moi, c’était ma dernière solution ; je n’en voyais pas d’autres !

Et ça a marché.

Pourquoi ?

Aucune idée.

Et en fait je m’en moque éperdument. Tout ce que je sais, c’est que ça a marché. Parce que j’ai fait les choses différemment.

A la fin de cette traversée, je suis très heureuse d’avoir expérimenté tout cela, ne sachant si j’aurai un jour l’opportunité (à moi de me la créer si je le veux !) de vivre à nouveau cela. Il me semble que oui mais seul l’avenir me le dira. Je n’ai pas l’impression d’avoir réalisé quelque chose d’extraordinaire malgré tout ce que je peux entendre autour de moi, j’ai juste été sur un voilier, accompagné de gens sympathiques et compétents ; nous n’avons pas eu à essuyer de tempête.

Ce voyage sur la mer a aussi été un voyage intérieur et j’en sors changée. J’espère désormais être plus en adéquation avec ma nature profonde. L’avenir me le dira !

J’arrive maintenant sur ma première île tropicale (je ne suis jamais allée aux Antilles) : Rodrigues, me voilà ! Sauf que je n’avais pas du tout anticipé le réveil en fanfare qui va suivre… (suite au prochain chapitre)

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