Sélectionner une page

Vous avez manqué le début de l’histoire ? CLIQUEZ ICI

L’art du marchandage

Juste à côté de la marina de Saint Louis, dans le Waterfront de Caudan se trouve un « Craft Market » (marché artisanal). C’est très joliment fait avec plein de boutiques réunies les unes à côté des autres qui vendent de l’artisanat. « Artisanat » étant le plus souvent un grand mot parce que si certains produits se distinguent un peu (on peut alors davantage supposer qu’ils sont produits au niveau local), on retrouve une très grande majorité de produits pour touristes identiques à ceux vendus un peu partout dans la capitale, fabriqués en Chine ou à Madagascar.

Un jour, je pars faire un repérage pour voir ce qu’il pourrait être intéressant d’acheter. J’essaie de trouver des articles originaux, pas juste les sempiternels « dodos » (ces gros oiseaux patauds qui ont disparu) déclinés sous toutes les formes.

Je tombe sur un magasin tenu par des malgaches, qui vendent des tentures magnifiques aux couleurs vives : soie d’un côté et coton de l’autre. L’une me plaît particulièrement, vert pâle avec des entrelacs floraux. Je demande le prix : 3000 roupies (75€). Elle mesure 3m x 3m. En France, le prix pourrait paraître acceptable mais là je sais que c’est fait à Madagascar et que cela ne leur coûte quasiment rien à l’achat.

Hors de question que je paie ce prix-là.

Je commence donc à marchander : les vendeuses me la baisse à 2500. Comme je ne suis pas pressée, je dis que je reviendrais le lendemain. Je passe ainsi à la boutique plusieurs jours de suite, faisant baisser un peu le prix à chaque fois en utilisant des arguments divers :

« Je n’ai plus beaucoup d’argent »

« J’ai plein de choses à acheter pour ma famille »

Etc…

Et quand elles me disent :

« Tu repars ? Tu ne veux vraiment pas l’acheter ?»

Je leur réponds :

« C’est pas grave. C’est trop cher pour moi.
Mais je serais venue dire bonjour à ma tenture… ».

Le 5ème jour, j’arrive avec les bras chargés de paquets (j’ai dévalisé la boutique du cousin de mon ami Vishnu) et j’entre en leur disant :

« Je suis désolée, je ne vais pas pouvoir acheter la tenture car avec tout ce que j’ai acheté pour ma famille,
il me reste seulement 1000 roupies ».

C’était stratégique, le dernier prix obtenu étant 1500 roupies.

Deux vendeuses me prennent alors dans un coin de la boutique et me disent avec des airs de conspiratrices :

« On peut te la vendre à 1000 roupies mais il ne faut pas que la patronne nous voie »

S’ensuit alors tout un manège où je dois leur donner l’argent en cachette, où elles emballent la tenture dans une poche plastique, me la tendent discrètement et me propulsent hors de la boutique quand leur patronne a le dos tourné.

Intérieurement, je ris aux éclats devant un tel manège.

Je sais très bien qu’elle ne se permettrait jamais de faire une telle chose si la patronne n’avait pas donné son aval pour les « cas désespérés ». Elles ne prendraient pas le risque de déplaire ainsi à leur patronne ! Je suis sûre que si elles acceptent ainsi de ma la vendre, c’est que mes 1000 roupies dépassent le prix plancher fixé en dernier recours.

Aussi, c’est un peu d’un œil extérieur que je regarde ce manège qu’elles me font faire (et je joue le jeu !), qui est bien rodé…

Merci pour ce spectacle théâtral mesdames ! (et pour vous qui lisez, comprenez que le prix négociable à l’île Maurice est bien plus bas que ce que vous pensez !)

Cette dernière passe d’arme est une technique de négociation de mon ami Vishnu, et je dois dire qu’elle est imparable… Merci Vishnu !

Pourtant, les techniques de négociation avancée acquises au marché n’auront été d’aucun secours avec…

Ces douaniers que l’on aurait bien aimé baffer…

Au bout de 3 semaines, ayant consulté la météo, nous décidons qu’il est temps pour nous de quitter l’île Maurice.

Etant ancrés à Grand Baie, dans le nord-ouest, nous devons nous rendre à Port Louis avec le bateau pour effectuer la « clearance de sortie » (sortie du territoire). Pas très pratique mais c’est comme ça : Port Louis est le seul endroit où effectuer une sortie du territoire mauricien.

 

Nous partons donc de bon matin de Grand Baie et naviguons jusqu’à Port Louis. Nous nous amarrons près du quai où se situe la douane. JB et Elian vont faire les formalités de sortie mais prennent tout leur temps, ce qui me permet d’aller porter les dernières cartes postales à la boîte aux lettres et de faire quelques courses avec les dernières roupies mauriciennes. Puis nous quittons le quai pour aller nous ancrer à la sortie du chenal de Port Louis car les douaniers ont été clairs : à partir du moment où nous avons fait la sortie du territoire, nous avons 1h pour lever l’ancre.

Nous nous ancrons donc un peu après la sortie du chenal menant à Port Louis, afin de ne pas être dans le passage. Nous comptons passer la nuit à cet endroit, et partir au petit matin direction la Réunion.

Etant donné qu’il y a 24h de navigation, nous ne pouvons partir maintenant car nous arriverions de nuit, qui plus est au port de Saint Pierre dont l’entrée est peu évidente, surtout en cas de vagues déferlantes. Il vaut donc mieux attendre tranquillement.

Alors que la nuit est tombée et que nous sommes en train de faire la cuisine pour le dîner, nous entendons soudain un bruit de moteur et des gens qui nous interpellent dehors.

Mais qui cela peut-il bien être ?

Tout simplement la vedette des garde-côtes, qui nous intime de quitter le territoire sur-le-champ !

Nous avons beau essayer d’expliquer que :

– nous allons partir dans la nuit

– il nous faut seulement quelques heures pour nous reposer avant de partir

– nous ne serons plus là demain matin…

Ils restent inflexibles et répètent sans arrêt la même phrase :

« Vous devez quitter le territoire immédiatement »

Dépités et en colère, JB et Elian leur disent tout de même qu’il nous faut 1h pour nous préparer avant de mettre les voiles. Ce qui nous laisse le temps de finir « tranquillement » notre dîner.

C’est amers que nous levons ensuite l’ancre, pour nous laisser dériver avec 3 ris dans la voile jusqu’au petit matin (la voile est fortement diminuée en surface car nous en avons « ficelé » une partie sur la bôme, grâce à des trous spécialement prévus). Pour la bonne raison que nous ne pouvons partir immédiatement pour la Réunion au risque d’y arriver bien trop tôt, et faire une entrée de nuit bien trop risquée dans le port de Saint Pierre, qui nous fait peur de par sa réputation (justifiée !).

Nous sommes donc ballotés comme des bouchons pendant la nuit entière, effectuant chacun nos quarts à tour de rôle, avant de pouvoir hisser les voiles le lendemain matin, le visage défait par une nuit sans sommeil.

Saletés de fonctionnaires !!!

Mes impressions sur cette île dite « paradisiaque » :

Si je fais le bilan, l’île Maurice m’aura plus charmée par les rencontres que j’y ai faites que par le paysage, car je n’ai pas côtoyé les plages de sable fin pour m’y faire griller sur les deux faces comme un morceau de bacon.

Et en même temps ça se comprend, parce que pour moi, l’essentiel d’un voyage, c’est justement les rencontres !

Nous nous dirigeons maintenant vers la Réunion, ce petit bout de terre française au milieu de l’Océan Indien.

Une petite île qui a tout d’une grande par la richesse de ses paysages : 2 volcans, dont 1 qui entre en activité régulièrement, 3 cirques dont l’un n’est accessible qu’à pieds ou en hélicoptère, un très beau récif corallien, une nature exubérante et des créoles accueillants. C’est donc une île pleine de richesses qui pointe son bout de volcan devant l’étrave du bateau.

Son surnom est d’ailleurs « l’île intense ». Quand on sait comment je vais y passer les 3 prochains mois, c’est le moins que l’on puisse dire !

En attendant, j’ai ces quelques heures de mauvais sommeil et de traversée pour réfléchir sur ce que j’ai vécu dans ces 2 belles îles. Et j’en arrive rapidement à la conclusion suivante, évidente mais qui nous fait si souvent défaut : (suite au prochain chapitre)

 

Comment vous pouvez ajouter votre grain de sel au récit ? Voici comment :

VOUS ! oui, VOUS ! Les quelques minutes que vous allez prendre pourront faire une grande différence pour moi et les personnes de votre entourage 🙂

Ecrivez votre feedback dans les commentaires. Ce dont j’ai besoin c’est :
– qu’est-ce que vous aimez dans le récit d’aujourd’hui ?
– quels sont vos coups de coeur ?
– avez-vous 1 piste d’amélioration ?

Partagez cet article à votre famille, vos amis pour que mon histoire touche davantage de personnes !

Merci 🙂